suspens


suspens

suspens [ syspɑ̃ ] adj. m. et n. m.
• 1377; lat. suspensus, de suspendere suspendre (II)
1Dr. can. Se dit d'un ecclésiastique qui a été suspendu de ses fonctions. Un prêtre suspens. L'abbé n'est pas interdit, il n'est que suspens.
2Loc. adv. (XVe) EN SUSPENS :dans l'incertitude, l'indécision. Être, demeurer, rester en suspens, irrésolu ( balancer, hésiter) . « Son art de brouiller l'intrigue, [...] de tenir le lecteur en suspens » (Henriot).
Arrêté momentanément. La question reste en suspens. Remis à plus tard. Affaires, projets en suspens (cf. En plan, en souffrance). « la question du partage entre les deux sœurs, laissée en suspens » (Zola).
Suspendu, en suspension. « Une fine fumée flotte encore, mêlée à de la poussière en suspens » (Romains). Fig. « Une seconde encore il lui sembla qu'il restait en suspens dans le vide avec une intolérable impression de liberté » (Sartre).
3 N. m. (1886, Mallarmé) REM. En ce sens, pourrait remplacer l'anglic. suspense. Littér. Suspense (2.).
Attente, incertitude. « elle-même n'était rien qu'attente, suspens » (Sarraute).

suspens adjectif masculin (latin suspensus, de suspendere, suspendre) Se dit d'un clerc frappé de suspense. ● suspens (homonymes) adjectif masculin (latin suspensus, de suspendere, suspendre) suspend forme conjuguée du verbe suspendre suspends forme conjuguée du verbe suspendre

suspens
(en) loc. adv. Qui n'a pas encore été débattu ou réglé. Laisser une affaire en suspens.
Dans l'incertitude, l'indécision. Tenir son auditoire en suspens.

⇒SUSPENS, EN SUSPENS, adj. masc., subst. masc. et loc.
I. — Adj. masc., DR. CANONIQUE. [En parlant d'un prêtre; corresp. à suspendre II B 2 b] Qui est suspendu. Un prêtre suspens, déclaré suspens. Il est suspens de fait et de droit (Ac.).
II. — Subst. masc.
A. — Vieilli ou littér.
1. Interruption, pause. Synon. suspension (v. ce mot II A 1). Maïa, Cassiopée, le grand Chiron, Cynosure et les tristes Hyades sont entrés dans la marche silencieuse des constellations. (...) ils gravissent dans le ciel et déclinent sans écart ni suspens (M. DE GUÉRIN, Poèmes, 1839, p. 17). Cette palme que le vent de la mer par reprises après de longs suspens fait remuer (CLAUDEL, Soulier, 1944, 1re part., 2e journée, 11, p. 1038).
En partic. Absence de trouble, de bruit. Le suspens de cette nuit paisible était si profond et si intime qu'il semblait qu'on y entendît quelqu'un marcher (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 350).
2. Indécision, incertitude. Synon. de suspension (v. ce mot II A 2 a). Nous aurons à (...) montrer pourquoi l'intelligence, avec son obligation de suspens, d'hésitation jusqu'au terme (...) ne peut être que négative (DU BOS, Journal, 1924, p. 44). Cette journée ne répondait à rien de ce qu'avait imaginé le jeune homme. Elle lui plaisait pourtant par ce caractère d'imprévu et de suspens (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 397).
B. — Littéraire
1. Sentiment d'attente plus ou moins angoissée; moment d'un récit, d'une œuvre dramatique ou romanesque qui la suscite. Synon. suspense (v. suspense2 A). Complète obscurité sur la scène. Le bruit de la voiture se rapproche peu à peu. Il tonne tout près de la porte. Court suspens (CLAUDEL, Violaine, 1901, IV, p. 626).
2. P. ext. Sentiment d'appréhension. Synon. suspense (v. suspense2 B). Ce suspens devant l'incertain en quoi consiste la sensation des grandes vies, celle des nations pendant la bataille où leur destin est en jeu, celle des ambitieux à l'heure où ils voient que l'heure suivante sera celle de la couronne ou de l'échafaud (VALÉRY, Variété IV, 1938, p. 135).
III. — Loc. adv. et adj. En suspens
A. — [Corresp. à suspendre I et à suspension I] Suspendu, en suspension. Le canotier sur la nuque, la main en suspens (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 335). Le geste de la femme tenant en suspens la légère balance (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 344).
CHIM. En suspension. On laisse tomber une goutte du corps dont on cherche la densité dans un mélange eau-alcool en proportions telles que la goutte demeure en suspens (CHARTROU, Pétroles natur. et artif., 1931, p. 115). P. anal., littér. Le soleil de trois heures tenait en suspens une poussière ocre et ténue (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 234).
B. — [Corresp. à suspendre II et à suspension II]
1. a) [En parlant d'une chose] (Qui est) momentanément interrompu; (qui est) en attente. Synon. en instance, en plan (fam.), en souffrance. Affaire, démarche, geste, projet en suspens; demeurer, rester en suspens. L'alliance russe est compromise et en suspens (GONCOURT, Journal, 1892, p. 233). — Vous en avez... Elle laissa cette phrase en suspens deux ou trois secondes, puis avec un demi-sourire acheva:... une drôle de figure! (GREEN, Moïra, 1950, p. 159).
b) [En parlant d'une pers.] (Qui est) momentanément interrompu dans ses activités; (qui est) en arrêt. Au premier coup de canon annonçant la délivrance de l'Impératrice, tout Paris resta en suspens, dans les promenades, dans les rues, dans l'intérieur des maisons, dans les assemblées publiques (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 69).
2. Vieilli ou littér. Synon. suspendu (v. ce mot II A 1).
a) [En parlant d'une chose] (Qui est) dans l'incertitude. Sort en suspens. Pendant douze jours mon destin serait en suspens. Dans douze jours je déciderais peut-être de me risquer follement dans un avenir inconnu (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 499). Il est rare que le diagnostic reste en suspens lorsqu'on aura procédé à un examen neurologique minutieux (RAVAULT, VIGNON, Rhumatol., 1956, p. 582).
b) [En parlant d'une pers.] (Qui est) dans l'indécision, la perplexité. Que résoudre? Je suis indécis, en suspens (COLLIN D'HARL., Vieux célib., 1792, IV, 1, p. 87). Il était (...) en suspens, ne sachant de quel côté se tourner (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 308).
Loc. verb. Etre en suspens entre/sur. Hésiter entre/sur. J'ai quelque temps été en suspens sur le lieu où je me fixerais; enfin je me suis déterminé à venir (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p. 1613). Quand j'étais en suspens entre le bien et le mal (DELÉCLUZE, Journal, 1827, p. 362).
C. — Vieilli ou littér. (Tenir qqn) en suspens. (Tenir quelqu'un) en haleine. Auditoire en suspens. Vous n'avez pas tort non plus de croire que tous ces faits, ces grands événements qui tiennent le monde en suspens méritent bien peu l'attention d'un homme sensé (COURIER, Lettres Fr. et Ital., 1805, p. 692). Deux grandes lectures qui m'ont tenu en suspens durant des mois à Cabris (GIDE, Journal, 1941, p. 93).
Prononc. et Orth.:[()]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. 1. ca 1245 souspens « suspendu de ses fonctions » (ici, un évêque) (PHILIPPE MOUSKET, Chron., éd. De Reiffenberg, 30505 ds T.-L.); 1527 (conseillers du parlement) suspens de leurs offices (Chron. parisienne de Pierre Driart, éd. F. Bournon ds Mém. Soc. Hist. de Paris, t. 22, p. 122); 2. ca 1375 suspensé « interrompu, arrêté » (ici, en parlant de l'action du feu) (ORESME, Livre du Ciel et du Monde, 103d, éd. A. D. Menut et A. J. Denomy, p. 404); 3. a) XVe s. « perplexe, figé dans l'indécision ou l'attente » (Ancienn. des Juifs, Ars 5082, f° 214a ds GDF.); b) 1458 « en sursis, reporté, non jugé » (ARNOUL GREBAN, Passion, éd. O. Jodogne, 1576); c) 1508 tenir (qqn) suspens « laisser dans l'incertitude, l'indétermination » (ÉLOY D'AMERVAL, Le Livre de la Deablerie, éd. Ch. F. Ward, 115b). II. Subst. A. loc. en suspens 1. 1314 tenir en souspens « suspendre, arrêter, interdire » (Mandement de Philippe le Bel ds Rec. gén. des anc. lois fr., t. 3, p. 40); 2. 1330 mettre en suspens « reporter, surseoir l'application de » (Ordonnance Philippe VI, ibid., t. 4, p. 383); 3. a) ca 1465 tenir en suspens « laisser dans l'indécision, remettre à plus tard le règlement, le jugement de » (G. CHASTELLAIN, Chron., VI, 133, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 5, p. 209); b) 1560 « sans décider, en suspendant son jugement, sans se prononcer » (CALVIN, Institution chrétienne, I, 15 éd. J.-D. Benoît, t. 1, p. 215); 4. 1485 tenir (qqn) en suspens « laisser dans l'incertitude, la perplexité, l'attente » (Mistère Viel Testament, XXXV, 30030, éd. J. de Rothschild, t. 4, p. 261); 5. 1826 tenir en suspens « tenir en haleine, captiver » (BALZAC, Physiol. mariage, p. 121); 6. 1866 « retenu, qui tient en l'air, qui ne retombe pas » (HUGO, Travaill. mer, p. 310). B. 1839 « interruption momentanée, moment de pause ou d'attente » (M. DE GUÉRIN, loc. cit.). Empr. au lat. suspensus, -ae, -um, part. passé adj. de suspendere (v. suspendre), en partic. à l'empl. subst. dans l'expr. in suspenso « en sursis, en attente ». Fréq. abs. littér.:326. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 284, b) 174; XXe s.: a) 353, b) 838.

suspens [syspɑ̃] adj. et n. m.
ÉTYM. 1377, adj.; « suspendu, perplexe, indécis, incertain », XVe et XVIe; du lat. suspensus, de suspendere. → Suspendre (II.).
1 Adj. m. (1660). Dr. canon. Se dit d'un ecclésiastique qui a été suspendu de ses fonctions. || L'abbé n'est pas interdit (cit. 15), il n'est que suspens. Suspendre (I., 2.), suspension (I., 1.).
2 Loc. adv. En suspens. a (1553). Littér. Dans l'incertitude, l'indécision ( Suspendu, A., 2.). || Être, demeurer, rester en suspens, irrésolu, en balance. Balancer, hésiter; tergiverser; anxiété (dans l'). → Ivresse, cit. 15. || Tenir les esprits en suspens (→ Dénouement, cit. 3), le lecteur en suspens (→ Enchevêtrer, cit. 1; nouvelle, cit. 21).
b (1460). Arrêté momentanément ( Suspendre, I., 1.; et aussi inachevé, interrompu). || Tenir en suspens. || La question reste en suspens.Remis à plus tard. || Affaires, projets en suspens. 3. Plan (B.), souffrance (en).
1 Pourtant, dans cette paix, une cause de mauvaise entente dormait, la question du partage entre les deux sœurs, laissée en suspens.
Zola, la Terre, III, I.
c (Mil. XIXe; de suspendre, II., 1.). Suspendu, en suspension. || De la neige en suspens (→ Gris, cit. 21).Fig. || « Cette quantité de nous-même qui est en suspens sur la faute » (→ Porte-à-faux, cit. 3, Hugo).
2 Une fine fumée flotte encore, mêlée à de la poussière en suspens.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. II, XX, p. 239.
3 Une seconde encore il lui sembla qu'il restait en suspens dans le vide avec une intolérable impression de liberté.
Sartre, l'Âge de raison, IV.
3 N. m. a (Après 1850). Vx ou poét. État de ce qui est en suspens.
4 L'écrivain est assis devant sa page blanche. C'est entre le papier et lui que le drame s'installe, sous la forme d'un « temps » (…) Ce n'est plus une attente; c'est un suspens, un interdit.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XII, XIII, p. 128.
b (1886, Mallarmé). Littér. Attente angoissée; moment qui suscite ce sentiment. 2. Suspense.REM. En ce sens suspens pourrait remplacer l'anglicisme suspense (→ 2. Suspense, cit. 1).
5 Tout devient suspens, disposition fragmentaire avec alternance et vis-à-vis, concourant au rythme total, lequel serait le poème tu, aux blancs; seulement traduit, en une manière, par chaque pendentif.
Mallarmé, Variations sur un sujet, Pl., p. 367.
6 C'était curieux, cette sensation qu'elle avait souvent que sans lui, autrefois, le monde était un peu inerte, gris, informe, indifférent, qu'elle-même n'était rien qu'attente, suspens (…)
N. Sarraute, le Planétarium, p. 73.
7 (…) cette grande pièce nue où la lumière du soir connaissait un de ces moments de « suspens » qui font crier au crépuscule quand c'est déjà la nuit (…)
Pierre Gascar, les Bêtes, p. 143.
8 (…) il en venait à avoir de la sympathie pour cette femme, dans le cruel suspens où il l'imaginait par sa faute.
Montherlant, le Démon du bien, p. 65.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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